The Duras Texts
Les Textes de Duras
Source · Hiroshima mon amour, Gallimard 1960Source · Hiroshima mon amour, Gallimard 1960
The Appendices to Hiroshima mon amourLes Appendices d'Hiroshima mon amour
In 1960, Duras published at Gallimard the scenario and dialogue she had written for Alain Resnais's film Hiroshima mon amour, followed by some thirty pages entitled "Appendices." In the film, the sequences set in Nevers — silent images — form a counterpoint to the Hiroshima sequences. The Appendices, by contrast, give autonomous existence to the heroine's youth in Nevers: her passion for a German soldier killed at the end of the war, her fate as a woman whose head was shaved at the Liberation. Written to guide Resnais in his understanding of the character played by Emmanuelle Riva, they give free rein to Duras's imagination: new characters, developed episodes, her own vision of the war. The history of the woman Duras calls la petite tondue de Nevers resonates with the writer's own wartime experience — these Appendices announce themes she would take nearly forty years to address directly: the Aurélia Steiner cycle, La Douleur, L'Amant.
En 1960, Duras publie chez Gallimard le texte du scénario et dialogue qu'elle a écrit pour le film d'Alain Resnais, Hiroshima mon amour, suivi d'une trentaine de pages intitulées « Appendices ». Dans le film, les séquences qui se déroulent à Nevers — images muettes — sont un contrepoint aux séquences d'Hiroshima. Les Appendices, au contraire, font exister de façon autonome la jeunesse de l'héroïne à Nevers : sa passion pour un soldat allemand tué à la fin de la guerre, sa condition de femme tondue à la Libération. Rédigés pour guider Resnais dans sa compréhension du personnage interprété par Emmanuelle Riva, ils donnent libre cours à l'imaginaire de Duras : nouveaux personnages, épisodes développés, vision de la guerre. L'histoire de celle que Duras appelle la petite tondue de Nevers entre en résonance particulière avec l'histoire personnelle de l'écrivain — ces Appendices annoncent des thèmes qu'elle mettra près de quarante ans à aborder directement : le cycle des Aurélia Steiner, La Douleur, L'Amant.
I
Les Évidences nocturnes
Notes on NeversNotes sur Nevers
II
Nevers
Pour mémoirePour mémoire
III
Portrait du JaponaisPortrait du Japonais
IV
Portrait de la FrançaisePortrait de la Française
Presentation Joëlle Pagès-Pindon
Présentation Joëlle Pagès-Pindon
Joëlle Pagès-Pindon · Agrégée des lettres · Professor of Literature, Paris · Author of Marguerite Duras, Éditions EllipsesAgrégée des lettres · Professeur de Chaire supérieure à Paris · Auteur de Marguerite Duras, Éditions Ellipses
Le spectacle intitulé Nevers, ici présenté, est une création théâtrale originale : il s'agit d'un montage réalisé par les comédiennes Claire Deluca et Sophie Lahayville à partir des textes que Marguerite Duras a écrits en marge d'Hiroshima mon amour.
Dans l'adaptation théâtrale réalisée par Claire Deluca et Sophie Lahayville, ce sont deux voix féminines qui se répondent. D'abord Claire Deluca, interprète privilégiée de Duras dont elle créa les premières pièces de théâtre (Les Eaux et Forêts, La Musica, Le Shaga et Yes, peut-être), porte la voix même de l'écrivain. Ce qui se donne alors à entendre, c'est la parole singulière de l'auteur. À côté d'elle, à la fois proche et lointaine, Sophie Lahayville prête à la jeune fille de Nevers en proie à l'intensité de la passion et du malheur une voix bruissante de toutes les voix des héroïnes durassiennes de dix-huit ans, celles d'Aurélia, d'Agatha ou de Savannah.
En contrepoint, ni paraphrase ni scansion, Paul Wehage fait surgir la modulation particulière du saxophone. Singulière et envoûtante, sa phrase musicale vient recueillir, dans le creux de la parole, le corps immatériel de nos émotions partagées.— Joëlle Pagès-Pindon
The production entitled Nevers is an original theatrical creation: a montage assembled by the actresses Claire Deluca and Sophie Lahayville from texts written by Marguerite Duras in the margins of Hiroshima mon amour.
In this theatrical adaptation, two female voices answer each other. Claire Deluca — the privileged interpreter of Duras, who created the first productions of her plays (Les Eaux et Forêts, La Musica, Le Shaga, Yes, peut-être) — carries the voice of the writer herself. What is heard is the singular speech of the author. Beside her, at once close and distant, Sophie Lahayville lends to the girl of Nevers — seized by the intensity of passion and misfortune — a voice resonant with all the voices of Duras's eighteen-year-old heroines: Aurélia, Agatha, Savannah.
As counterpoint — neither paraphrase nor scansion — Paul Wehage calls forth the particular modulation of the saxophone. Singular and bewitching, his musical phrase gathers, in the hollow of the spoken word, the immaterial body of our shared emotions.— Joëlle Pagès-Pindon
Impressions Jean-Thierry Boisseau
Impressions Jean-Thierry Boisseau
Jean-Thierry Boisseau
Trouville, dimanche 2 octobre. On se promène sur la plage, le chien cherche un éventuel bout de bois pour jouer. Le vent ne le décoiffe pas, il le coiffe, raie au milieu comme un garçon de café des années vingt.
Les Roches noires. Il est quinze heures, un jour d'automne. On voit de la plage une curieuse agitation derrière la baie centrale, qui, juste en dessous des colonnes engagées corinthiennes, fait avec elles une discrète mais efficace référence palladienne au beau milieu de cette grande façade de luxueuse caserne, comme ça (sans raison, ce qui est, on le sait, la meilleure)…
Je ne suis pas aux Roches noires pour Proust, pour Monet, et les autres, j'y suis donc pour Duras, forcément…
Une conférence et, et quoi au juste ? Une pièce de Duras ? non. Une lecture de Duras ? pas plus. Un « montage » ? ah ! le vilain mot… pas davantage… Non, une chose étonnante. Deux comédiennes, un saxophoniste et les appendices que Duras écrivit pour le scénario d'Hiroshima mon amour. Nevers, que s'est-il passé à Nevers ? Qu'a-t-elle vécu avant le déshonneur… avant d'être tondue…
Claire Deluca est la voix qui raconte, le coryphée dit-elle. Sophie Lahayville, c'est elle la petite tondue de Duras. Et puis Paul Wehage, saxophoniste et compositeur à qui on a confié la tâche, non d'illustrer, mais de prendre le relais quand le verbe n'en peut plus, par petites touches.
Le hall des Roches noires, revu par Mallet-Stevens et préservé pour l'essentiel, mais dont les bandeaux de papiers marouflés de Charles Gir se décollent, enduit de ce torchis des années soixante-dix — ce hall des Roches noires où Duras a tant écrit, et sans doute tant regardé la mer — ce hall est le théâtre furtif de cette magie. Pas de scène, un petit plateau fait de quelques Samia de base, un fauteuil club avachi. Pas d'éclairage véritable si ce n'est le soleil qui, côté jardin, jouant avec les imprévisibles nuages de l'automne, offre une succession ininterrompue de variations lumineuses.
J'aime les comédiennes qui ne surjouent pas, j'aime les comédiennes qui ont un vrai timbre de voix. J'aime les instrumentistes qui savent ce que « son » veut dire, j'aime les compositeurs qui ont une pensée musicale forte et savent la maîtriser.— Jean-Thierry Boisseau
J'aime ces trois personnes ce jour-là qui disent ce texte méconnu empreint de cette si belle efficacité poétique de Duras, une efficacité curieusement mauriacienne… Sans effets inutiles, l'essentiel, le ton, la musique. L'émotion.
Le temple du feu d'Ateshgah est une construction de petite taille, l'effet qu'il produit est comparable à celui que peut produire Chartres, par exemple. Nevers est un spectacle fait avec trois fois rien, mais il produit autant d'émotion qu'un opéra… Qu'on se le dise !— Jean-Thierry Boisseau
Trouville, Sunday 2 October. We walk on the beach, the dog looks for a stick to play with. The wind does not ruffle his hair — it arranges it, a middle parting like a café waiter from the 1920s.
Les Roches noires. It is three in the afternoon, an autumn day. From the beach one can see a curious stir behind the central bay window, which — just below the engaged Corinthian columns — makes with them a discreet but effective Palladian reference in the middle of this grand facade of a luxurious barracks, just like that (for no reason, which is, as we know, the best reason)…
I am not at Les Roches noires for Proust, for Monet, and the others — I am here, inevitably, for Duras…
A conference and — and what exactly? A Duras play? No. A Duras reading? No more. A "montage"? What a hideous word… not that either… No, something astonishing. Two actresses, a saxophonist, and the appendices Duras wrote for the screenplay of Hiroshima mon amour. Nevers — what happened in Nevers? What did she live through before the disgrace… before being shorn…
Claire Deluca is the narrative voice — the coryphaeus, she calls herself. Sophie Lahayville: she is Duras's little shorn one. And then Paul Wehage, saxophonist and composer, entrusted with the task not of illustrating, but of taking over when words can do no more — by small touches.
The hall of Les Roches noires, redesigned by Mallet-Stevens and largely preserved, its bands of pasted papers by Charles Gir peeling away, coated in the roughcast of the 1970s — this hall where Duras wrote so much, and no doubt stared at the sea so often — this hall is the furtive theatre of this magic. No stage, a small platform made of a few basic Samia, an armchair gone slack. No real lighting except the sun which, stage left, playing with the unpredictable autumn clouds, offers an uninterrupted succession of luminous variations.
I love actresses who do not overplay; I love actresses with a true timbre of voice. I love musicians who know what "sound" means; I love composers who have a strong musical thought and know how to master it.— Jean-Thierry Boisseau
I love these three people on that day, who speak this little-known text imbued with that beautiful poetic effectiveness of Duras — a curiously Mauriacian effectiveness… Without unnecessary effects: the essential, the tone, the music. Emotion.
The fire temple of Ateshgah is a small construction; the effect it produces is comparable to that of Chartres, for example. Nevers is a show made from next to nothing, but it produces as much emotion as an opera… Spread the word.— Jean-Thierry Boisseau
Contributors
Participants
Actress · Montage · NarratorComédienne · Montage · Coryphée
Claire Deluca
The privileged interpreter of Marguerite Duras — she created the first productions of Les Eaux et Forêts, La Musica, Le Shaga, and Yes, peut-être. In Nevers she carries the voice of the writer herself, the coryphaeus. It was she who approached Wehage in July 2005 to compose the music. The published solo saxophone score, Hommage à Duras, is dedicated to her.
Interprète privilégiée de Marguerite Duras — elle créa les premières pièces de théâtre : Les Eaux et Forêts, La Musica, Le Shaga et Yes, peut-être. Dans Nevers, elle porte la voix même de l'écrivain, le coryphée. C'est elle qui a approché Wehage en juillet 2005 pour lui confier la musique. La partition pour saxophone solo publiée, Hommage à Duras, lui est dédiée.
Actress · La petite tondueComédienne · La petite tondue
Sophie Lahayville
She lends to the girl of Nevers — seized by the intensity of passion and misfortune — a voice resonant with all the voices of Duras's eighteen-year-old heroines: Aurélia, Agatha, Savannah. Boisseau describes her as "an actress who does not overplay, an actress with a true timbre of voice."
Elle prête à la jeune fille de Nevers en proie à l'intensité de la passion et du malheur une voix bruissante de toutes les voix des héroïnes durassiennes de dix-huit ans — celles d'Aurélia, d'Agatha ou de Savannah. Boisseau la décrit comme une « comédienne qui ne surjoue pas, une comédienne qui a un vrai timbre de voix ».
PresentationPrésentation
Joëlle Pagès-Pindon
Agrégée des lettres, Professor of Literature (Chaire supérieure) in Paris. Author of Marguerite Duras (Éditions Ellipses). Her presentation contextualises the Appendices within Duras's larger oeuvre and articulates the role of Wehage's saxophone: "neither paraphrase nor scansion — singular and bewitching, his musical phrase gathers, in the hollow of the spoken word, the immaterial body of our shared emotions." She also wrote the French text for Wehage's choral work Éclats d'Ombre (SSATB vocal quintet).
Agrégée des lettres, Professeur de Chaire supérieure à Paris. Auteur de Marguerite Duras (Éditions Ellipses). Sa présentation situe les Appendices dans l'œuvre plus large de Duras et formule le rôle du saxophone de Wehage : « ni paraphrase ni scansion — singulière et envoûtante, sa phrase musicale vient recueillir, dans le creux de la parole, le corps immatériel de nos émotions partagées. » Elle a également écrit le texte français de l'œuvre chorale de Wehage Éclats d'Ombre (quintette vocal SSATB).
ImpressionsImpressions
Jean-Thierry Boisseau
Composer, author, and Wehage's close collaborator. His account of the Trouville première — written with the same elliptical, atmospheric prose that characterises his own poetry — is at once a description and an act of homage: "a show made from next to nothing, but it produces as much emotion as an opera." He was present at Les Roches noires on 2 October 2005, the day before the formal première.
Compositeur, auteur et proche collaborateur de Wehage. Son récit de la première de Trouville — écrit avec la même prose elliptique et atmosphérique qui caractérise sa propre poésie — est à la fois une description et un acte d'hommage : « un spectacle fait avec trois fois rien, mais il produit autant d'émotion qu'un opéra. » Il était présent aux Roches noires le 2 octobre 2005, la veille de la première officielle.
Music · SaxophoneMusique · Saxophone
Paul Wehage
Commissioned in July 2005 to write music for the production — not to illustrate, as Boisseau notes, but to take over when words can do no more, by small touches. The material was subsequently reworked as a standalone solo saxophone piece, Hommage à Duras, dedicated to Claire Deluca and published by Musik Fabrik (A0.534370).
Chargé en juillet 2005 d'écrire la musique du spectacle — non pour illustrer, comme le note Boisseau, mais pour « prendre le relais quand le verbe n'en peut plus, par petites touches ». Le matériau a ensuite été retravaillé en une pièce autonome pour saxophone solo, Hommage à Duras, dédiée à Claire Deluca et publiée par Musik Fabrik (A0.534370).
Venue · SettingLieu · Cadre
Les Roches noires, TrouvilleLes Roches noires, Trouville
The grand seafront hotel where Duras wrote for decades, redesigned by Mallet-Stevens, its hall adorned with pasted paper bands by Charles Gir. No stage — a small platform, a slack armchair, autumn sunlight playing through the windows. As Boisseau wrote: the fire temple of Ateshgah is small; the effect it produces is comparable to Chartres.
Le grand hôtel du front de mer où Duras a tant écrit, revu par Mallet-Stevens, son hall orné de bandeaux de papiers marouflés de Charles Gir. Pas de scène — un petit plateau, un fauteuil avachi, la lumière d'automne jouant avec les nuages. Comme l'écrit Boisseau : le temple du feu d'Ateshgah est une petite construction ; l'effet qu'il produit est comparable à celui de Chartres.
Published Score
Partition publiée
Solo saxophone · Musik FabrikSaxophone solo · Musik Fabrik
Hommage à Duras
For solo alto saxophone · 6 pages · Musik Fabrik Music Publishing #3395443 (A0.534370)
A reworking of the incidental music written for the theatrical production Nevers.
Pour saxophone alto seul · 6 pages · Musik Fabrik Music Publishing #3395443 (A0.534370)
Version remaniée de la musique de scène écrite pour le spectacle Nevers.
Dedicated to Claire Deluca
Dédié à Claire Deluca
Commissioned July 2005 · Formally premièred 3 October 2005, Hall of Les Roches noires, Trouville, at the 10th Hommage à Marguerite Duras
Commandé juillet 2005 · Création officielle 3 octobre 2005, Hall des Roches noires, Trouville, 10e Hommage à Marguerite Duras
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